; charset=UTF-8" /> Un homme et un chien - critique littéraire - Construire un feu, Jack London | Marco Carbocci
Jack London

Jack London

Un homme et un chien

Un homme et un chien. On ne voyage pas seul sur le Yukon, par mois quarante degrés sous zéro. L’homme avance vite. C’est une matinée blanche et sans vent et qui semble charrier plus de rancœur et d’inquiétude que toute une vie d’homme. Mais l’homme est tranquille. Ce soir, il rejoindra les gars à la mine. Et il aura un repas chaud et il y aura du feu. Le chien aussi attend le feu.

Le chien sait qu’on ne voyage pas du tout par moins quarante degrés sous zéro. On se roule en boule dans la neige et on attend des journées plus clémentes. Ou alors, on suit l’homme, pourvoyeur de feu. Le chien a appris le feu. C’est pour ça qu’il supporte l’homme. Qu’il le suit. Qu’il accepte ses coups, ses mots comme des coups de fouet. Mais l’homme continue d’avancer dans la neige, négligeant le feu. L’homme se croit plus fort que la neige, plus fort que le froid. Et le chien comprend que cet homme-là est ignorant. Il comprend peut-être qu’il mourra.

Au départ, il s’agissait d’un conte pour enfants. Insatisfait de la manière, Jack London reprendra l’argument du conte pour en faire cette longue nouvelle tragique. Faire un feu, lorsque le froid t’engourdit les doigts, te glace le sang en quelques secondes, est une opération périlleuse. C’est une opération vitale pourtant si, par accident, n’importe quelle partie de ton corps a touché l’eau glacée qui se cache sous la neige. Et tu n’as qu’une seule chance. Si le feu s’éteint, le froid te prendra tout le corps, t’enfermera les membres et le cœur et la tête comme dans un manteau trop étroit. Et tu t’endormiras pour toujours dans le grand désert blanc.

Avec « Construire un feu », Jack London touche à l’épique avec la justesse et la sobriété d’un ascète. Un style court pour une histoire courte, mais qui contient toute la vanité et toute la vie d’un homme. C’est déjà cette économie de moyens et de paroles à laquelle un Hemingway bientôt donnera ses lettres de noblesse. Répétitions, martèlements de mêmes mots, de mêmes gestes, martèlements montrant la fragilité, l’inutile.

Les séquences de « Construire un feu » sont autant de sensations précises et douloureuses. Ça te picote d’abord l’extrémité des doigts, ça remonte dans tes poignets, tes coudes, tes épaules. Ça investit ton ventre et ton crâne. Ça tourne longuement et ça agite et ça se loge dans ton crâne. Et ça finit par te maîtriser totalement.

Marco Carbocci

le 15 avril 2009 | rubrique Critiques littéraires | Commentaires fermés sur Construire un feu, Jack London

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