; charset=UTF-8" /> Faut-il instaurer un blocus de la Flandre ? | Marco Carbocci

FAUT-IL INSTAURER UN BLOCUS DE LA FLANDRE ?

Lors des r√©centes √©lections communales en Belgique, un √©lecteur sur trois a vot√© pour le Vlaams Blok √† Anvers. Un bilan¬†pour l’ensemble de la Flandre : c’est d√©sormais 10% de l’√©lectorat flamand qui se reconna√ģt dans le populisme nationaliste et x√©nophobe de l’extr√™me-droite. Une surprise¬†? C’en est une apparemment pour les d√©mocrates flamands qui tablaient encore sur un reflux de cette mar√©e noire √† la veille du scrutin. C’en est une en tous cas pour l’ensemble des m√©dias europ√©ens. Les quotidiens allemands, fran√ßais s’alarment. Le Corriere della Sera italien titre ¬ę¬†Haider en Belgique¬†¬Ľ. Les Autrichiens se font carr√©ment mesquins¬†: ¬ę¬†Faut-il instaurer un blocus de la Belgique¬†?¬†¬Ľ

√Ä l’issue de ce dernier scrutin, Dewinter et sa clique r√™vent peut-√™tre en effet d’un sc√©nario √† l’Autrichienne. Y croient-ils r√©ellement¬†? Haider est un pr√©c√©dent dangereux et l’on sait que Dewinter a bien cherch√© le rapprochement avec les lib√©raux anversois. En vain, semble-t-il. Le cordon sanitaire, instaur√© par les partis d√©mocratique autour du Blok, tient, mais vid√© de toute dynamique. √Ä court terme, le Blok n’atteindra probablement pas le pouvoir gr√Ęce au jeu subtil des coalitions. Mais la lourdeur et l’inertie des coalitions h√©t√©rog√®nes qui constituent le cordon jouent en sa faveur. Le Blok sait que l’asphyxie progressive du pouvoir nourrit son √©lectorat. Pour ces puissants esprits critiques, le mod√®le, ce n’est pas Haider et la cohabitation, non¬†: c’est Mussolini et la majorit√© absolue.

Aussi, l’attitude des partis flamands ne rassure plus les francophones du pays. Que feront-ils √† Anvers¬†? Maintenir le cordon, r√©pondent-ils. Mais si √ßa ne suffit plus¬†? Une heure avant l’√©lection, ils √©taient persuad√©s encore que leur strat√©gie √©tait la bonne. Voyez les sondages¬†! disaient-ils. On sait pourtant depuis longtemps que les sondages mentent toujours √† cet √©gard. Le vote fasciste √©tait – jusqu’√† cet ultime scrutin – un vote honteux. Mais si une chose interpelle l’opinion flamande, c’est que les √©lecteurs du Blok n’ont plus honte de s’affirmer d√©sormais. 89.000 personnes votant de la m√™me mani√®re rien que pour le centre historique d’Anvers, ce n’est plus de la protestation individuelle, c’est une force collective en mouvement et c’est une identit√©.

Non combattus, le fascisme, la x√©nophobie, la connerie s’inventent une honorabilit√© de fait et prosp√®rent. Au niveau communal, les partis d√©mocratiques ont dispos√© de six ann√©es pour mater la b√™te sur leur propre terrain. Le jeu a parfaitement r√©ussi √† Bruxelles et au sud du pays¬†: partout les fascismes francophones se replient, agonisent, se diluent dans leur propre m√©diocrit√©. Les n√©erlandophones de leur c√īt√© n’ont pas su relever le d√©fi. Que leur demandait-on en somme¬†? De parler √† un √©lectorat √©cŇďur√© de leur immobilisme. De trouver les mots, les strat√©gies √©l√©mentaires leur permettant de combler le gouffre qui s’est install√© entre eux et la population. Ils ont cherch√© des mots, des strat√©gies, et les ont cherch√© sur le terrain du Blok. Ils ont cautionn√© dans leur discours l’identification entre l’ins√©curit√© et le petite criminalit√©, entre la petite criminalit√© et l’√©migration, favorisant partout la peur de l’autre et son imaginaire √©go√Įste.

Cantonn√© dans l’opposition, le Blok avait beau jeu de d√©construire m√©thodiquement les initiatives des d√©mocrates. Le Blok nie, interpelle, vocif√®re, omettant bien s√Ľr de rien construire qui ne trouve sa source dans la n√©gation de l’autre. Un esprit pauvre, vou√© au parasitage d’un esprit plus riche, mais r√©solument impuissant. Car en acceptant implicitement le dialogue, les d√©mocrates alimentaient la machine fasciste et se condamnaient √† l’impuissance. Combattre de front les th√©ories du Blok¬†? Un jeu dangereux, nous assurait-on. Et c’est bien le plus idiot et le plus dangereux de tous les clich√©s √† l’√©gard de l’extr√™me-droite¬†: en le chargeant de front, on ne r√©ussirait, para√ģt-il, qu’√† cr√©er des martyrs et √† renforcer son √©lectorat. Mieux vaut donc lui monnayer sa respectabilit√©¬†? Aujourd’hui, au nom de la d√©mocratie, une bonne part de ceux qui n’ont pas prostitu√© leur vote sur les listes du Blok estime qu’il est peut-√™tre temps de lui donner une chance de gouverner.

L’√©lectorat du Blok¬†? Les excellences flamandes semblent le red√©couvrir avec un √©tonnement renouvel√© au terme de chaque scrutin. Nouvelle donne cet automne¬†: les nantis aussi sont susceptibles de voter pour le Blok. Les nantis¬†? Ceux qui vivent dans les quartiers o√Ļ les seuls √©migr√©s r√©pertori√©s, si l’on excepte la bonne portugaise et le jardinier japonais, sont britanniques ou hollandais. Exit donc la belle th√©orie d’un vote du d√©sespoir. Mais le fascisme se nourrit de toutes les frustrations et de tous les √©go√Įsmes. Et l’instinct de r√©bellion des classes ais√©es est toujours √©go√Įste. Ce n’est donc pas un paradoxe – et ce ne devrait plus √™tre un √©tonnement pour personne aujourd’hui – si l’extr√™me-droite se d√©veloppe avant tout au Nord du pays. Les exemples foisonnent de ces r√©gions prosp√®res qui revendiquent avant tout le maintien de leurs privil√®ges.

En somme, c’est ce d√©faut de perspective historique, cette perp√©tuelle m√©connaissance du ph√©nom√®ne, cet amateurisme qui nous alarment le plus chez nos voisins du Nord. √Ä Anvers, quelques heures apr√®s le scrutin, un groupe antifasciste lan√ßait un cocktail Molotov sur un b√Ętiment dont le Blok avait d√©m√©nag√© depuis un moment. √Ä Anvers encore, 500 lyc√©ens manifestant contre le racisme se ruaient sur les militants de l’Abvv (syndicat socialiste flamand) venus les rejoindre, les prenant pour des contre-manifestants¬†! Amateurisme ou mauvaise information encore,¬†la d√©sinvolture du premier ministre au soir du scrutin¬†? Pas de quoi s’inqui√©ter, para√ģt-il. En niant publiquement la gravit√© du ph√©nom√®ne, Verhofstadt, ce jour-l√†, √©tait d’avantage le repr√©sentant de la Flandre que celui de la Belgique.

L’extr√©misme d’un certain √©lectorat flamand concerne et bouscule l’ensemble de la Belgique. Mais les diff√©rences d’attitudes entre le Nord et le Sud du pays renvoient √† un antagonisme bien plus profond. La Flandre r√©fute une histoire que lui a longtemps dict√©e les francophones. Celle d’une Belgique o√Ļ la puret√© est au Sud et la peste au Nord. O√Ļ, durant les deux guerres mondiales, les r√©sistants √©taient francophones et les collabos flamands. On sait le r√©flexe d’autod√©fense agressif dans lequel la Flandre s’est enferm√©e √† cet √©gard, se contentant de chasser de futiles d√©mons communautaires. C’est avec ses th√©ories racistes que le Blok a gagn√© son √©lectorat, mais c’est son combat pour le Flandre qui lui avait au pr√©alable invent√© une virginit√© aux yeux de ce m√™me √©lectorat. Il est temps donc de r√©affirmer ces quelques √©vidences¬†: non, la Flandre n’est pas plus ¬ę¬†naturellement¬†¬Ľ fasciste que le reste du pays. Oui¬†: il y a bien eu des collaborateurs, des nazis, des S.S., sur l’ensemble du territoire belge et ce sont ces gens-l√† qui sont √† l’origine de la formation du Blok. Le fait de reconsid√©rer ce pass√©, ensemble et avec s√©r√©nit√©, donnera peut-√™tre √† la Flandre une chance d’en finir avec ses v√©ritables d√©mons.

Marco Carbocci © octobre 2000.

le 17 mai 2009 | rubrique Editoriaux | Commentaires fermés sur Faut-il instaurer un blocus de la Flandre ?

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