; charset=UTF-8" /> Quel sens a le silence des perdants ? | Marco Carbocci
Berluskkka

Berluskkka

[Dans la s√©rie ¬ę¬†vieux papier recycl√©¬†¬Ľ, j’ai √©crit et publi√© l’article qui suit en juin 2001, apr√®s la deuxi√®me √©lection de Berlusconi. Un tas de cr√©tins pontifient : ¬ę¬†Jamais deux sans trois¬†¬Ľ, disent-ils. D’accord ! A priori, √ßa l’a fait pour Silvio. Mais je pr√©tends encore que ce parasite recycle ses oeuvres avec la m√™me d√©sinvolture que je le fais moi-m√™me pour cette troisi√®me √©lection. Je n’√©crirai donc rien de neuf cette fois-ci. Il y a un moment o√Ļ on se fatigue de traiter les ordures.]

Quel sens a le silence des perdants ?

Il y a une plaisanterie que tout italien a entendue et racont√©e mille fois ce printemps : Beppe se casse le cul et se pointe au paradis. Le voil√† devant St Pierre. Ils rentrent tous les deux dans une grande salle o√Ļ les murs sont couverts d’horloges. Il y a des milliers, des millions d’horloges et Beppe interroge St Pierre √† leur sujet. ¬ę Tu vois, explique St Pierre, en naissant, chaque homme se voit assigner une horloge. Chaque fois qu’il dit un mensonge, les aiguilles avancent d’une minute. Celle-ci par exemple, c’est l’horloge de M√®re Teresa. Comme tu vois, les aiguilles sont toutes les deux √† la verticale, c’est que la sainte femme n’a pas commis le plus petit mensonge depuis sa naissance. ¬Ľ Beppe et St Pierre passent ainsi en revue quelques horloges, des personnalit√©s connues, des anonymes. ¬ę Mais, fait Beppe, je ne vois pas l’horloge de Berlusconi ! – Chut ! lui r√©pond St Pierre, pas la peine de le r√©p√©ter, mais il fait tellement chaud ici : je l’ai emport√© dans mon bureau et je m’en sers comme ventilateur ! ¬Ľ

Voil√†. Ce n’est peut-√™tre pas la meilleure de l’ann√©e, mais au d√©but de ce mois de mai, tu racontais √ßa √† n’importe quel Italien et il se permettait au moins un sourire. √áa n’a pourtant pas emp√™ch√© la moiti√© d’entre eux de gober les pires insanit√©s et de voter pour la ¬ę Casa della Liberta ¬Ľ, le conglom√©rat offensif qui cette ann√©e r√©unissait tous les partis de la droite extr√™me √† l’extr√™me droite contre le pitoyable Olivier de la gauche. La Maison de la Libert√© ? Une autre plaisanterie locale ? M√™me pas ! Berlusconi – il faudra le lui dire un jour – confond le sens de l’humour avec les sens des affaires et de la propagande personnelle. Et depuis qu’il a emport√© les suffrages, ce 13 mai, personne ne rit plus en Italie.

Personne ne rit plus, mais certains sont bien satisfaits tout de m√™me. Tout heureux d’afficher leurs beaux id√©aux victorieux. √Ä Viterbo, le jour des r√©sultats, la porte de ce bar s’ouvrait toutes les dix secondes pour laisser passer l’un ou l’autre parasite indig√®ne, soucieux d’exhiber la chemise noire fra√ģchement repass√©e par madame ou le briquet √† l’effigie du Duce, trouv√©, mais sans trop d’effort, sur la place du march√©. Un quidam s’arr√™te sur le seuil, seize ans √† tout casser, des boutons d’acn√© sur les joues, il claque des bottes, lance le salut romain : ¬ę Viva l’Italia ! ¬Ľ ¬ę Viva Berluska ¬Ľ, lui r√©pondait mon ami Sandro en agitant les cinq doigts. ¬ę Cinq ? ¬Ľ, faisait le barman, complice, ¬ę cinq caf√©s ? ¬Ľ Et Sandro, serrant aussit√īt le poing : ¬ę bien serr√©s ! ¬Ľ Le m√™me soir, dans les rues de Viterbo, mon ami se faisait m√©thodiquement d√©gomm√© √† coups de botte par la jeunesse locale. L’horloge de Berlusconi avait bien fait rire l’Italie avant le 13 mai. Mais les √©lections √©taient pass√©es et personne ne riait √† l’histoire des cinq caf√©s bien serr√©s.

Quel sens a le silence des perdants ? Celui des cimeti√®res et des h√īpitaux. L’Italie est de nouveau noire aujourd’hui. Un noir qui confond la crasse et le deuil.

Et tout se taira encore.

le 17 avril 2009 | rubrique Editoriaux | Commentaires fermés sur Quel sens a le silence des perdants ? Рarticle

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