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(Contes impubliables)

POINT DE VUE DE L’AUTEUR

La mémoire du Jongleur

La mémoire du Jongleur

Les contes qui composent ce recueil s’inspirent de romans, de poèmes ou de fabliaux médiévaux. Composés pour un public d’érudits, la plupart firent ultérieurement la fortune des éditions populaires de colportage : ils étaient publiés, lus et réadaptés encore jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le XXe siècle ensuite crut tout inventer et relégua ce qui ne lui appartenait pas à l’oubli ou au folklore.

Je n’ai pas cherché loin l’arrogance de procéder à mon tour à mon adaptation personnelle : ces récits font désormais partie de la tradition populaire. Ils la nourrissent et l’inspirent depuis six, sept, huit siècles. S’il est possible encore d’identifier une tradition populaire, ce trésor-là appartient à chacun et il serait à la fois stupide et indécent de ne pas en renouer le fil.

Ces récits plongent leurs racines en un temps où légende et quotidien avaient parfois la même substance. L’adaptation moderne aurait peut-être pu ramener toute cette matière au XXIe siècle. Je l’ignore et ne m’en soucie pas.

Ce n’est pas tant pour explorer le technicolor que j’ai conservé les chevaliers, les tournois, les démons ou le bestiaire médiéval. C’est plutôt que chacun de ces éléments correspond encore à une réalité bien précise dans l’imaginaire collectif. Ramener un duc de Rouen à un président de la république, un seigneur de guerre à un capitaine d’industrie ? Sans rire ? Ça évoque quoi de grandiose et de merveilleux un capitaine d’industrie ? Moi, ça ne me chante rien. Entre deux époques également dogmatiques, j’opterai pour la plus naïve, la plus sincère, la plus apte peut-être à recueillir toutes les ambiguïtés des rapports humains.

J’ai souvent procédé moi-même à la traduction des œuvres en ancien français ou toscan. C’était pour en saisir grossièrement la substance, y établir une pratique d’écriture et m’en éloigner aussitôt. Mêler parfois les registres de la langue moderne m’a semblé un moyen de rendre toutes les couleurs et la truculence de l’ancienne langue : cet artifice, en tous cas, ne m’a paru trahir ni l’esprit du parler médiéval, ni celui bien sûr de la tradition orale et populaire.

A l’égard du texte, j’ai pris d’emblée le parti de la transposition personnelle plutôt que celui de la restitution. Les contes qui composent ce recueil suivent donc assez lâchement la trame de leurs sources médiévales. Souvent, ils les mélangent, extrapolent ou inventent.

J’ai tenu néanmoins à revendiquer brièvement mes sources en annexe. Le lecteur s’y reportera si ça lui chante. Il s’y reportera sûrement s’il pense, comme moi, que le maintien et l’exploitation d’une culture littéraire valent une rébellion. Et qu’il y a de l’insolence aussi dans le plaisir de savoir et de raconter.

Marco Carbocci, janvier 2006.

Table des matières et extraits