Les barbelés de la honte

Les barbelés de la honte

Le 21 juillet 1998, 31 personnes s’évadaient du Centre fermé pour demandeurs d’asile de Steenokkerzeel, dans la périphérie bruxelloise, avec la complicité chahutée du Collectif contre les expulsions. Dans ce livre, ces personnes, vouées désormais à la fuite, à la clandestinité, témoignent : rejetées sous nos latitudes, condamnées dans leur propre pays, elles ont la lucidité et l’insolence de qui n’a plus rien à perdre que la vie.

La vie ? Dans ce combat, Semira Adamu a misé et perdu la sienne. Le 22 septembre 1998, cette jeune sans-papier nigériane périssait, suffoquée sous un coussin, en résistant à une sixième tentative d’expulsion. Quelques jours avant son décès, elle nous rapportait par téléphone l’ambiance qui régnait à l’intérieur du camp après les évasions, le désespoir des sans-papiers et l’exaspération de leurs surveillants : ici, il y en a qui sont capables de tuer, nous disait-elle.

Marco Carbocci, Tom Nisse et Laurence Van Paeschen, tous trois journalistes à l’époque et membres du collectif, se sont attelés à l’écriture de ce livre dans l’urgence. Il s’agissait de restituer aux 31 évadés, même fugitivement, une parole que les autorités leur avaient niée jusque-là et que leur nouvelle clandestinité leur interdirait à l’avenir.

Ce livre fit un peu de bruit, en Belgique : les hasards du calendrier éditorial imposèrent sa parution quelques heures après l’annonce de la mort de Semira. L’opinion publique avait été secouée par les circonstances de cette mort. Le livre contenait – mais bien malgré lui – les dernières paroles, les seules paroles en vérité, de Semira Adamu. Vivante, on l’avait rejetée, crachée, vomie. Morte, elle eut droit à des funérailles nationales. Bravo ! Et puis quoi ? Le temps file et l’opinion passe à autre chose.

Il ne s’agit pas de refaire ici la promotion du livre : il est épuisé depuis longtemps et ceux qui en sont curieux le trouveront en ligne ici. Il s’agit plutôt de signaler ce témoignage à tous ceux qui ont la volonté de se battre encore, d’entretenir le débat avec tout qui se sentira concerné par l’indignité des expulsions. De souffler sur les braises en somme, quitte à ranimer toutes les rancÅ“urs. Quitte à faire vraiment mal.

À cet effet, ceux qui le souhaitent trouveront dans mes carnets quelques-uns des articles et éditoriaux que j’ai consacrés aux sans-papiers – et singulièrement à l’homicide légal de Semira Adamu – dans la presse belge et italienne. Le premier date de juin 1997 : pour la première fois, je venais de me confronter matériellement à la réalité des centres de rétention. Le dernier, publié en 2002, compte parmi les derniers articles que j’ai écrits avant que l’écÅ“urement ne me pousse à tourner définitivement la page du journalisme.

 

Articles accessibles dans le carnet :

Encore une journée à regarder passer les avions ? (juin 1997)

Du collectif au quotidien (octobre 1998)

Storia di Blandine Kaniki e di un bambino mai nato (mars 1999)

Nous avons perdu une bataille, mais la guerre… (mars 1999)

« Tu ne sais donc pas ce qui est arrivé à Semira ? » (mars 1999)

I due di Vottem (mars 1999)

Marcus O. : « une résistance persistante et vigoureuse » (mai 1999)

« Ils nous regardaient comme des singes en cage » (juin 1999)

Le poids du gendarme (mars 2000)

Un coup d’histoire, un coup de sémantique (août 2000)

Semira Adamu : en finir et oublier ? (juin 2002)

 

Jeu de quilles au 127 bis

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