(incipit)

(Roman à paraître… dès que je me déciderai à l’envoyer à un éditeur.)

Seize ans toute une vie © Marco Carbocci

Seize ans toute une vie © Marco Carbocci

Certains jours, tu sais que ce qui te tuera est en toi déjà. Tu le cherches en te palpant tout le corps. Tu cherches la tumeur, le feu intérieur, l’accrochage cardiaque. Puis, tu cherches dans ta tête et tu trouves.

Peut-être parce que tu te sens amer et que tu t’ennuies de tout, ces jours-ci, tu as envie d’affronter une fois pour toutes ce qui traîne et ce qui pourrit dans ta tête. Tu as envie de tout reprendre au début. Chercher la cassure. L’instant précis où les choses se sont mises à sentir la charogne autour de toi.

Tu sais que ça se passe dans ta tête. Tu sais très précisément que ça se cache là : dans les secteurs les plus puants de ta mémoire. Et tu aimerais avoir une raison tangible de gueuler. Un responsable. Un dieu mauvais. Une saloperie de longue et douloureuse maladie. Tu aimerais avoir quelque chose ou quelqu’un de solide à rosser.

Cela pourrait commencer là :

La première fois que Mauro rencontra Vilma, ça se passait dans ce parc, entre le cimetière municipal et le boulevard. En réalité, il avait dû la croiser dix mille fois déjà sur le chemin du lycée, mais sans la distinguer. Ça faisait un petit moment qu’ils traînaient au parc, Daniel et lui, ne parlant pas, attendant simplement. Il leur restait un peu moins d’une heure de clarté et l’air, à cette période de la journée, avait quelque chose d’enivrant et de frais comme une drogue douce.

C’était le printemps de 1979. Avril était très doux cette année et l’été viendrait vite. Le long du parc, les cerisiers du Japon éparpillaient dans la brise la trace d’une histoire très ancienne et secrète. Et tu sentais ça avec tout ton corps et avec ta tête. Tu le sentais dans l’air, dans la tiédeur des rues et le grand bruissement du vent dans les branches : c’était léger, vivant et coloré, et ça ressemblait au début ou à la fin de quelque chose.

Daniel et Mauro venaient d’attraper leurs seize ans. Leurs chimères, leurs rancÅ“urs, le monde autour d’eux avaient seize ans. Alors, le temps qui filait n’avait pas d’importance. Un jour, il semblait que tout était à découvrir, à apprendre, à aimer. L’instant d’après, tout paraissait dévasté et sans vie et sans consistance. Et il aurait fallu pouvoir tout étreindre d’un coup et puis dire simplement ce que l’on avait à dire. Il aurait fallu pouvoir relever la mise : se regarder dans les yeux, puis tout exprimer et tout démêler d’un claquement de langue.

Mais comment faire ?

[...]

Été ’79 © Marco Carbocci

Été ’79 © Marco Carbocci

Marco Carbocci été 79

Marco Carbocci été 79

Jai Sri (Punk) Krishna ?

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